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INFORMATIONS > BIBLIOGRAPHY > Jérôme Sans "Silicone Soul", 2003.
Silicone soul Après avoir ausculté les méandres de la pathologie physique de la mode et du corps, en tant que styliste, Nicole Tran Ba Vang montre aujourd’hui le revers du culte de la perfection et de la valeur statutaire du vêtement. Une série de collections de Prêt à Porter qui se cale volontairement sur la temporalité de la mode, ses saisons, ses tendances empruntant son langage, son esthétique, soulignant parfois l’absurdité de son système par le biais de l’humour. Mais ici le vêtement joue l’ambiguïté avec le corps. Il se transforme en habit de nudité, il est en peau et se confond, par endroit, intimement avec le corps pour interroger notre apparence au delà du vêtement, à travers le corps lui-même considéré comme un vêtement. Le corps devient terrain de transformation comme pour s’extirper de son être ou mieux contrôler et manipuler son identité. ” Être ou ne paraître “, un jeu de mot que Nicole Tran Ba Vang utilise pour définir le territoire de son champ d’expression. Un corps à corps avec son identité par -delà une esthétique imposée. Corps parfait, corps torturé, corps mutant, corps immatériel. Toutes ces phases correspondent aux différentes manifestations du corps dans l’histoire de l’art. D’abord figure héroïque, le corps est aujourd’hui le sujet d’une hystérie collective en vue de mieux l’incliner à suivre et rendre compte de notre volonté d’identité et de perception. Nicole Tran Ba Vang traduit cette volonté d’agir sur la perception externe et interne de son corps par la modulation de l’épiderme, son ” accessoirisation “, sa flexibilité. Dans une société qui assoit son devenir sur une consommation jetable, toujours plus éphémère pour accueillir la possibilité d’un changement et d’un renouvellement rapide, l’artiste propose une solution alternative aux crèmes et pilules miracles et à la chirurgie esthétique, chirurgie plastique. Un corps à mi-chemin entre le corps réel et le corps fantasmé. Une peau ” chirurgicale “, à la plastique irréprochable à choisir selon son fantasme, selon l’identité que l’on a de soi et celle que l’on souhaite projeter. Les modèles de Nicole Tran Ba Vang portent des culottes de chair, des soutiens–gorge formés d’une paire de seins parfaits, des combinaisons de peau zippées ou épinglées. Dans cette nudité travaillée, à la fois magnifiée et douloureuse, qui hésite entre le vrai et le faux, il finit par ne plus y avoir de nudité. Être nu sans l’être. Le corps éteint derrière un autre apparat de chair, vient souligner le caractère étouffant d’un devoir paraître qui efface le ” je “. Des corps vêtus de nudité, rendus à leur matière, à leur état de chair. Si toutes les collections de Nicole Tran Ba Vang renvoient à l’idée que le vêtement agit comme une prothèse sociale et physique capable de modifier et d’orchestrer son apparence, la série ” Collection Printemps/Été 2003 ” pousse le vice un peu plus loin en proposant une prothèse vêtement /prothèse corps. Un buste (Tee-shirt de chair) agrémenté de seins de tailles et de formes différentes. On s’essaye un corps comme un vêtement devant le miroir d’une cabine d’essayage. L’idée d’un corps fragmenté et interchangeable qui pourrait répondre à des modes éphémères, et surtout à un phénomène d’insatisfaction permanente envers soi-même. Une réponse à la question basique et simpliste du ” quelle partie de votre corps aimez-vous le moins ? “. Nous vous en apportons une autre. Nicole Tran Ba Vang argumente de manière plastique un débat actuel sur cette volonté de pouvoir programmer et définir son corps selon sa propre volonté. Ses vêtements de peau résolvent les troubles de couleur d’épiderme, les complexes de diamètre de poitrine, les problèmes de pilosité. Plus besoin de supporter un corps que l’on n’a pas choisi. Il peut prendre toutes les formes, les teintes et les accessoirisations possibles. Dans les séries ” Coutures Cellulaires “, Nicole Tran Ba Vang transforme la vision de cellules au microscope en une matière plastique et colorée. Un paysage biologique muté en motif tendance et design, en accessoire. L’obsession de l’apparence va jusqu’à s’emparer de nos cellules pour faire du corps un tableau virtuel à retouches numériques ? Du corps au décor à travers cette fois des tableaux qui jouent avec l’histoire de la peinture abstraite ” all over “. Des fragments humains que l’on peut relier à l’infini de coutures virtuelles pour créer un corps recomposé, à l’image d’un puzzle modulable et extensible. Ces coutures renvoient aux interrogations de la technologie et de la science sur l’enjeu d’un corps clonable, programmable, perfectible. D’un corps prêt à porter. Nicole Tran Ba Vang parle de ce fantasme contemporain de corps sur mesure, de fusion esthétique entre un corps intime et un corps social, tout en soulignant la vacuité de cette question prédominante. Celle d’une société qui préfigure son identité et son existence dans l’absorption de solutions et de prothèses externes. Jérôme Sans, co-directeur du Palais de Tokyo, 2003. |